Ebola au Nord-Kivu : Stéphanie Hoffmann de MSF alerte sur les décès à domicile et les chaînes de transmission inconnues. La riposte contre la dix-septième épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo reste confrontée à plusieurs obstacles, notamment les décès au sein des communautés, les difficultés de surveillance et l’insécurité dans certaines zones. À Butembo, au Nord-Kivu, Médecins Sans Frontières (MSF) plaide pour un renforcement de la mobilisation humanitaire afin de freiner la propagation du virus.Prenant la parole sur TV5 Monde, Stéphanie Hoffmann, cheffe du projet Ebola de MSF à Butembo, a décrit une situation préoccupante dans cette ville densément peuplée, où les centres de traitement et de transit accueillent un nombre croissant de patients. Elle a particulièrement insisté sur les personnes qui décèdent à domicile sans avoir été prises en charge dans une structure spécialisée. Selon elle, ces situations présentent un risque pour les proches qui s’occupent des malades sans toujours disposer des moyens nécessaires pour se protéger contre la contamination.« Plus de soixante pour cent de tous les décès liés à Ebola sont des décès communautaires », a-t-elle indiqué au cours de cet entretien, soulignant les difficultés que cette situation pose pour le contrôle de l’épidémie.La responsable de MSF a également attiré l’attention sur les nouvelles infections dont les origines ne sont pas toujours identifiées. Ces chaînes de transmission inconnues compliquent le suivi des contacts et empêchent les équipes sanitaires d’avoir une vision complète de la propagation de la maladie.Pour Stéphanie Hoffmann, les chiffres officiels pourraient ne pas refléter toute l’ampleur de l’épidémie. Elle explique que certains décès ne sont associés au virus qu’après la mort des personnes concernées, notamment lorsqu’elles n’ont pas été admises dans un centre de traitement.Au-delà de la prise en charge médicale, la cheffe du projet Ebola insiste sur la nécessité de renforcer la confiance entre les équipes de riposte et les populations. Elle estime que les communautés doivent être davantage impliquées dans la prévention afin d’encourager les personnes présentant des symptômes à consulter rapidement et à accepter les mesures d’isolement nécessaires.« Sans une approche communautaire, un engagement communautaire, ça serait très difficile de dire que c’est possible d’arrêter cette maladie », a-t-elle prévenu sur TV5 Monde.La situation est d’autant plus complexe que certaines zones de l’est de la RDC restent difficiles d’accès en raison des conflits armés. Ces contraintes sécuritaires s’ajoutent aux autres difficultés rencontrées par les populations et compliquent parfois les interventions humanitaires.Face à ces défis, MSF appelle les organisations humanitaires à renforcer leur participation à la riposte, notamment dans la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts et la sensibilisation communautaire.Pour Stéphanie Hoffmann, la lutte contre Ebola ne peut pas reposer uniquement sur les centres de traitement. Elle nécessite une réponse coordonnée qui associe les structures sanitaires, les organisations humanitaires et les communautés, afin de détecter rapidement les nouvelles infections, d’améliorer l’accès aux soins et de limiter les risques de contamination._____________________
Christelle Omoyi
